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Le Corps du terroriste

Critique de notre lenteur

Maison d'édition : le murmure
Collection : Borderline
juillet 2019

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Livre papier
format 110 x 170 76 pages En stock
9,00 €

Pourquoi critiquer le corps du terroriste, l’arme de tous ces crimes ? Si jeune, si imprévisible, si vite, si violent et si suicidaire, le corps du terroriste ne nous est connu qu’à travers leurs traces, leurs images et leurs meurtres.

Ils sont exécutés au sortir des supermarchés, usines, salles de spectacles, rues et autres églises quand ils ne se sont pas fait sauter eux-mêmes. Nous ne les connaissons que morts et seuls leur corps et leurs images vidéo – et portraits-robots – peuvent nous servir à les identifier.

Sans apologie de ces crimes, cet essai analyse leur vitesse d’action et nos difficultés à lutter contre eux malgré nos mesures de sécurité.

EXTRAIT

Pourquoi s’intéresser au corps du terroriste, l’arme de tous ces crimes ? Si jeune, si imprévisible, si vite, si violent et si suicidaire, le corps du terroriste ne nous est connu qu’à travers leurs traces, leurs images et leurs meurtres. Ils sont assassinés au sortir des supermarchés, usines, salles de spectacles, rues et autre église quand ils ne se sont pas fait sauter eux-mêmes. Nous ne les connaissons que morts et seul leur corps et leur images vidéo et portrait robots, peuvent nous servir à les identifier mais à les connaître, souhaitons nous les connaître vraiment ? Leur acte est-il si irrationnel (Ramel, Marty, 2011) ?

Du terrorisme les victimes anonymes et innocentes sont désormais héroïsées, à juste titre, dans des hommages et des reconstitutions biographiques si nécessaires (Fassin, Rechtman, 2007, 44). Comment oublier ceux et celles tombées par hasard et si brutalement qu’aucune préparation à la mort n’aura été concevable dans les écoles et commerce juifs, les marchés publics au Tchad, dans les salles de concert comme le Bataclan, dans le comité de rédaction de Charly-Hebdo, dans les supermarchés, dans la rue à Londres ou à la terrasse d’un café, sur les plages de Tunisie et encore sur la promenade des anglais à Nice un 14 juillet ? Tuer ou blesser par les armes de guerre du terroriste, la victime a pu devenir une cible par surprise ou au contraire, otage, vivre dans la peur d’une mort prochaine et certaine.

Comprendre le terrorisme en se plaçant dans le corps de l’ennemi de la démocratie (Brossat, 1998), c’est moins en faire l’apologie que de nous interroger sur les raisons de devenir ou non terroriste. Tout tueur de masse est-il un terroriste ou un fou telle est la question posée aujourd’hui aux États-Unis après la tuerie de 14 femmes en 1989 à l’école polytechnique de Montréal par Mark Lépine, la mort de 13 lycéens de Colombine (1999) le film de Gus van San Elephant, Virginia Tech (2007) et ses 33 morts, Dandy Hook (2012) dans une école primaire et l’attaque à l’université Garissa au Kenya par les Al-Shabbaab islamiste en tuant 148 étudiants et professeurs ? La différence dans ces attaques contre les institutions scolaires doit être précisée au cas par cas selon le contexte idéologique et les intentions explicites des meurtriers.

Comment distinguer le meurtre de trois personnes abattues au hasard d’un planning familial à Colorado Spring le 27 novembre 2015 par idéologie anti-avortement et de celui par les explosions dans la foule au cours du Marathon le 15 avril 2013 par les frères Tsarnaev ? Le terrorisme intérieur engage désormais la profondeur de nos couches sociales : aucune activité humaine n’est à l’abri des extrémismes qui y trouvent un alibi pour justifier leur acte. Avec les School Shooting, Nathalie Paton démontre comment l’influence de la médiatisation des tueries de masse et l’exhibition de ses actions sur YouTube aura constitué le milieu scolaire et universitaire comme un lieu public de terrorisme individuel.

Chacun peut devenir terroriste en s’identifiant par massacres médiatisés à de nouveaux projets inédits. Impossible de contenir le corps du terroriste dans nos normes et nos catégories, tel est le défi de nos services de sécurité mais aussi de chacun d’entre nous ! Comment le surveiller et le punir ? L’échec de nos caméras vidéo, pourtant en nombre à Nice comme ailleurs, prouve que la surveillance panoptique ne suffit plus à contenir les corps qui se terrorisent pour nous tuer. C’est le terroriste, qui peut être n’importe qui, nous surveille et nous punirait de ce que seraient nos crimes. Regardés et jugés dans nos modes de vie, les attaques terroristes s’en prennent à nos corps en espérant nous faire changer de vie pour la leur !

L’action d’un individu isolé comme une voiture bélier fonçant sur des militaires à Valence le 2 janvier 2016 est présenté comme l’action d’un forcené car si le terrorisme pouvait être seulement individuel n’importe qui pourrait l’être. Le risque de généralisation d’un corps devenu terroriste est un retour à l’acte isolé revendiqué dans une révolte par le droit du plus fort. Cette violence du corps contre l’État ou les civils est un retournement de la violence physique ou symbolique ressentie par le sujet mais si peu élaborée qu’elle constitue une faille psychique (Gutton, 2015). C’est moins une attirance pour la mort qu’un comblement du vide. Franck Petitjean père adoptif, le second jeune terroriste Abdel Malik de l’attaque de Saint-Etienne de Rouvray, le décrit dans le Sud Ouest du 29 juillet 2016 comme « crédule. Daesch lui a monté la tête, retourné le cerveau ». Cette crédulité entraîne une adhésion immédiate et intense : terroriser remplit immédiatement par son acte la pensée et le corps qui met en œuvre la mort immédiatement.


Disponible en chapitres numériques

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Editeur : le murmure

Auteur(s) : Bernard Andrieu

Collection : Borderline

Niveau : Confirmé

Publication : 16 juillet 2019

Intérieur : Noir & blanc

Support(s) : Livre papier

Poids (en grammes) : 95 (Livre papier)

Langue(s) : Français

EAN13 Livre papier : 9782373060300

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