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Bd SM

Comment s'agenrer ?

Maison d'édition : le murmure
Collection : Borderline
juillet 2019

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Livre papier [Contient quelques iconographies NB]
format 110 x 170 86 pages En stock
9,00 €

La bande dessinée SM propose à chacun et chacune, de nouvelles techniquesBdSM pour s’agenrer.

 

C’est-à-dire se défaire du genre pour en mieux disposer.

 

Par la Bd, nous découvrons de nouvelles expériences corporelleset nous inventons de plus libres relations entre les hommes et les femmes…

EXTRAIT

« Il faut imaginer une sexualité sans hétéros et homos, sans hommes et sans femmes. »
Paul B. Préciado, 2018

Avec la fermeture à Paris du donjon de Maitresse Cindy, tout imaginaire et fantasmatique, et le succès des clubs échangistes et autres boites jusqu’au backroom SM les stéréotypes de genre paraissent désormais reproduire la codification masculine du Porn comme le précise Alice Durel dans son essai féministe Go. L’apprentissage du toucher deviendrait une expérience interdite, reléguée dans les clubs échangistes, dans les contrats SM, dans l’introduction des sex toys et dans le jeu des possibles. Gala Fur nous raconte à Christophe Bier et moi-même que les quatorze maitresses parisiennes se réunissaient la veille, en ce jour de janvier 2017, dans un diner privé pour faire le point sur le marché, l’occupation des lieux réels pour réaliser leur performance tarifée là où les voisins dénoncent le passage fréquent, le bruit et plus généralement l’idée d’une autre sexualité. La réaction et la peur de l’orgasme sont présentes, comme dans Fifty Shades (Parry, Penny Light, 2014) aujourd’hui au prix d’un nouveau refoulement des pratiques dans l’imaginaire. Mais cet imaginaire, qui va au-delà du genre, est illustré depuis longtemps, est moins tarifé comme life-style au quotidien dans le jeu de couple. Matsu le montre bien dans son album Folie masochiste, publié en 1992 dans le n° 29 de BD Climax, combien au quotidien chacun peut devenir chacune et inversement, chacune peut trouver en une autre sa domina ou sa soumise.


Le paradoxe de la bande dessinée Bd-SM, en allant au-delà du genre bd et du nouveau genre social, sexué et sexuel du bdsm, est de vouloir nous montrer dans une série d’images, à la différence de texte illustrée comme par Chris dans la série Châtiments corporels aux Éditions Sabine Fournier, ce que la photographie ou le film ne parviennent pas à faire par excès de réalisme. Ce qui se produit dans nos corps dans l’extase sexuelle, nous parvenons à le ressentir, voire à en pressentir la venue au point d’en disposer pour la faire parvenir jusqu’à la conscience. Emmanuelle Arsan précise combien « l’érotisme est une curiosité de l’incréé, un tâtonnement vers des trouvailles à venir, la quête de relations humaines encore inconcevables, le pressentiment d’un monde qui ne sera jamais complètement connu et dont il nous reste à peu près tout à apprendre » (1969, V). Se contenter de ces extases partielles, ces objets infimes que nous saisissons sur le corps des autres en croyant y reconnaître le nôtre si enfoui, nous fait croire que demain une meilleure satisfaction sera possible si l’autre y consentait et si nous en convenions. L’œuvre de Gérard Lauzier autour des Sextraordinaires aventures de Zizi et Peter Panpan avait anticipé cette révolution en revendiquant l’orgasme total par toutes les sexualités en 1982. Tout juste parvenons-nous à nous réfugier dans ce court moment post-partum de la conscience abolie dans un flou perceptif avant que des tremblements incontrôlés, sortes de spasmes discontinus, ne libèrent, comme Touch Me Not d’Adina Pintilie le montre, depuis le fond de la chair tout ce qui y avait été contenu, tant bien que mal, par la force de la morale.


Se réapproprier l’extase par la Bd-sm ne consiste plus seulement en une inversion des codes du genre, qui, s’il produit bien une dégendérisation et une androgynie généralisée, ne parvient pas à nous décrire ce qui se produit dans l’expérience. Dans notre corpus des dessinateurs hommes, mais aussi femmes, proposent avec la Bd-SM un imaginaire sans genre où chacun peut devenir chacune et réciproquement en fonction du jeu volontaire ou contraint. Là où le Bd-SM reste dans la convention de l’assignation de genre (dominant(e)/ domin(ée), homme/femme, soumis/soumise, actif/passif), la Bd-SM propose d’aller au-delà de la binarité homo-normée ou hétéro-normée afin de permettre à chacune de devenir un autre corps, que celui d’assignation. Il ne s’agit plus ici d’opposer ce qui serait un imaginaire masculin, violent et violeur comme le dénonce justement le « dénonce ton porc » et un imaginaire féminin, qui serait plus doux et attentif à l’autre. Ce serait se maintenir dans le harcèlement et viol de la domination masculine, comme dans La victime de Beauvillage de Marine de Sailly, que la société condamne alors que la Bd-SM, si elle présente aussi ce style de chantage dans des relations de force et de pouvoir, montre aussi des auto-transformations de soi comme un procès de subjectivation en s’agenrant.


C’est dans le life-style, plutôt que dans des performances, que la Bd-SM innove davantage que dans ces rencontres ritualisées de la communauté BDSM comme dans toutes les Cinquantes nuances de Grey, romance érotique écrite par la Britannique E. L. James, qui impose le nouveau marché de la domination. Dans ce qui serait les relations érotiques entre les hommes et les femmes. Dans leur manifeste pour s’affranchir des diktats sexuels, intitulé Libres, Ovidie et la dessinatrice Diglee dénoncent ce « mommy porn », contre une injonction doucereuse qui aliène plus qu’elle ne libère. Avec le magazine Manga, Bandes dessinées érotiques, comme le n° 4, « Kioto le tortionnaire », la tradition japonaise est présentée en France, éditée à Ivry mais imprimée en Italie. Dans ce livre nous abordons, même si les thèmes sont aussi communs, la Bd-SM occidentale là où d’autres spécialistes ont déjà pu explorer comme Agnès Giard pour le domaine oriental.


La Bd-SM Adulte de Georges Pichard (MCPM, La perfection chrétienne), Eric Von Götha, (Prisons très spéciale), Alex Varenne (La correction, Hot Dream), Guido Crepax, Guy Colwell (La Poupée), Sybiline (Premières fois), John Willie (Gwendoline), Eich Von Götha (Les malheurs de Janice), Parris Quin (Ombres et lumières), Manara (Le déclic), Pitek (Poupée, Vices & Novices), Xavier Duvet (Disciplines, Féminisations, Transfrancisco), Serpieri (Druuna Morvus Gravis), Julie Maroh (La vie d’Adèle), Desperates Housewives de Rébecca, Rêves de cuir de Marine de Sailly participent d’une inversion du genre, un dégenrement en quittant son genre acculturé et à un agenrement choisi en montrant les corps dans des dispositions intimes et des dispositifs techniques qui obligent le corps du héros/Héroïnes à sortir des normes et le lecteur(trice) à s’interroger sur les usages des corps et de son propre corps.

Disponible en chapitres numériques

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Editeur : le murmure

Auteur(s) : Bernard Andrieu

Collection : Borderline

Niveau : Confirmé

Publication : 15 juillet 2019

Intérieur : Noir & blanc

Support(s) : Livre papier [Contient quelques iconographies NB]

Poids (en grammes) : 90 (Livre papier [Contient quelques iconographies NB])

Langue(s) : Français

EAN13 Livre papier [Contient quelques iconographies NB] : 9782373060362

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